Big Ben
Ed. Le Potager Moderne, 2006, 15 €
Qui n’a pas pensé à faire écrire un prof sur son métier ? On parle tellement d’éducation, en ce moment. Il paraît que c’est un enjeu électoral. Qu’en disent les profs ? Pas évident, de parler de son métier : il faut être pédagogue sans être démago, ni donneur de leçons, oser dire ses 4 vérités à son employeur sans être aigri, assumer une certaine pratique de l’autorité sans tourner psycho rigide...
Pour ça, finalement, quoi de mieux que la bande dessinée ? C’est ludique, didactique, ça ne fait peur à personne. Mais avouez que la BD façon scolaire, heu... Pour cette tâche subtile, il faut un auteur d’envergure. Un qui connaisse et qui aime son métier de professeur, et un qui s’adonne avec passion à l’écriture, à la chronique, à la critique, au dessin, à la peinture de moeurs, à la lecture. Un grand, mais discret, pas ceux qui vous semblent incontournables et qu’on est forcés d’écouter bouche bée, non : un de ceux qu’on respecte pour ce qu’ils nous apprennent, parce qu’on peut discuter avec eux, parce qu’ils ont toujours des choses à découvrir et toujours des choses à dire, et pas peur de les dire sur tous les tons. Big Ben, c’est un grand de cette trempe.
Connu dans la bande dessinée pour co-animer les éditions Groinge et la revue Comix Club, mais aussi pour avoir livré le premier sitcom en bande dessinée, Betagraph (3 tomes parus aux éditions Groinge, un régal d’humour, de rebondissements et de réflexions sur un médium et un milieu), Big Ben nous avait presque fait oublier qu’il a un métier sérieux dans la vie : fonctionnaire de l’éducation nationale, enseignant le français en collège. Et qu’il le vit comme on vit un métier qu’on aime : avec des questions, des ras le bol, des hurluberlus dans la classe et en salle des profs, des questions de fond et des anecdotes qu’on ne peut pas ne pas...
C’est donc avec style qu’il fait toucher du doigt à ses lecteurs le quotidien d’un travailleur, et nous met généreusement et modestement à la page de ce qui se passe dans ces lieux à part : les établissements scolaires. A cet égard, le passage dans lequel il retransmet 40 minutes de cours est une belle réussite. Notre narrateur donne sens aux détails et, en homme habitué à avoir une trentaine d’élèves sous le nez, nous les restitue en un minimum de cases (280, cela mérite bien ça), en un rythme haché on ne peut plus réaliste. Big Ben sait brosser une personnalité en quelques traits-, jamais fermés, les traits, mais bien toniques. L’usage qu’il fait de la bande dessinée est moins innocent qu’il en a l’air ; on le sent en terrain de connaissance, mais avec Big Ben, la connaissance c’est aussi la découverte et l’expérimentation, et c’est sans doute cette intelligence qui donne toute sa fraîcheur à ce documentaire dessiné.
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