Yoshiharu TSUGE
Ed. Ego comme x, 25€
Sukezô Sukegawa est un homme sans talent qui subit la pression d’une société utilitariste, où chacun doit produire de la richesse. Il a en réalité le talent de percevoir la poésie du monde malgré sa misère, et une foi naïve en sa propre imagination. Cela fait de lui un amateur mais aussi un paria. L’homme sans talent offre au lecteur une galerie de portraits inattendus et le parcours atypique et sans morale d’un artiste modeste.
Hélène
L’homme sans talent, l’homme « qui n’ a pas de fonction réelle », « ne sert à rien » c’est le personnage principal de cette bande dessinée. Un japonais qui a renoncé à être auteur vit dans une petite ville et fait l’expérience de la précarité : vendeur de pierres pas vraiment précieuses, passeur entre deux rives, réparateur et marchand d’appareils photos anciens, voilà quelques-uns des petits boulots qu’il se crée pour vivre et faire vivre sa famille. Mais L’homme sans talent n’est pas seulement l’histoire de cet homme là, c’est aussi celle d’autres gens qui se débrouillent ; et chaque rencontre donne l’occasion de découvrir un paysage, une personne, un épisode de sa vie ou celle d’un autre…L’homme sans talent se « multiplie » donc au fil des pages, et prend des visages différents : oiseleur, moine, libraire, poète.
A côté de la question sociale, le récit évoque discrètement d’autres sujets : la vie à deux sans argent et les conflits qui vont avec, la peur d’un enfant de ne pas voir son père rentrer à la maison (à plusieurs reprises on verra l’enfant sur la route disant « papa ch’ui venu te chercher »), le renoncement à l’activité artistique, la tentation de fuir. Des histoires plutôt tristes, certes, mais des histoires dont l’existence même viennent contredire le titre de ce livre. Malgré des périodes de découragement, des passages à vide, Tsuge a persévéré, a continué à dessiner et à écrire, et a composé une bande dessinée précieuse.
Isabelle
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