La Balançoire de plasma

La Balançoire de plasma

Jean Lecointre, Pierre La Police (scenario),
Ed Cornélius, 2005

Il y a dans La Balançoire de plasma de quoi s’épargner des heures de visionnage de série Z : la substantifique moelle du bizarre, du ridiculement pathétique, le suspense en plus.

Dans ce roman photo à nul autre pareil (jusqu’à ce qu’il fasse des émules, mais ils ne seront jamais aussi inédits que l’original), il s’agit une fois de plus de sauver le monde, envahi par des sortes d’insectes. Des extra terrestres, si on veut, mais les héros monstrueux (attention, ce sont des monstres fédéraux) valent-ils mieux ? D’ailleurs ce ne sont pas vraiment des insectes mais de la levure, on l’apprendra plus tard, une fois que presque tout le monde aura été régurgité. Et puis l’habit ne fait pas le moine, puisqu’un des héros, le Docteur Biraud, est des algues. Cela explique bien des choses. En fait rien, mais ça fait rire, avec en arrière goût un peu de cette ambiance douce amère qu’on retrouve dans Twin peaks.

Les photos déformées par Lecointre composent de véritables tableaux à l’aspect plastique. Les dialogues relèvent à la fois de la poésie dada (où l’ode à la technique est remplacée par le culte à la rationalisation scientifique) combinée au comique de situation le plus inattendu. Comment, parmi tant de bizarre, les auteurs parviennent-ils à nous intéresser autant ? Est-ce par les scènes reprises à la façons des romans photos d’antan et des récits d’anticipation, dont nous subirions toujours l’attractivité romanesque ?

La parano monte, le quotidien est envahi de lymphe et de nids, on s’en prend à notre patrimoine génétique peu à peu remplacé par une copie (en levure ?) et le métabolisme des océans change vitesse grand V. Derrière l’exotisme et l’inventivité du vocabulaire, on retrouve des peurs bien actuelles. La ruse de Lecointre et La Police, ce’est sans doute de nous vacciner contre la peur – réflexe (de toute façons, on n’y comprend pas grand chose, à la rationalité de la Balançoire) et de nous sensibiliser à l’invasion de l’entourage…

Un traitement par des super héros, aussi palpitant qu’un marvel, avec ses retournements de situation, ses combats finaux avec déferlement d’effets du bien contre le mal, avec ses personnages troubles, avec l’invasion imminente, la course contre la montre et de ci de là, un flegme britannique qui plane comme un sushi mûr dans un ciel de levure.

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