Makoto Aida
Ed. Le Lézard Noir, 2005
Un manga dessiné à la va-vite, scatologique, pornographique, dont l’intrigue, située en 1945, oppose sommairement gentils japonais dévoués corps et âme à l’Empereur et vilains américains sadiques et baveux, alternant scènes de viol et de torture, avec une héroïne irradiée mais toujours en costume d’écolière japonaise, avec des rebondissements fantasques, de harakiri en résurrections, qui s’achève sur un combat de l’héroïne (Hanako) contre le président Roosevelt (littéralement : une tête de pine), vous appelez ça de l’art contemporain ?
Parfaitement, d’autant que son auteur, le japonais Makoto Aida, est artiste de profession, et assez rusé pour réussir magistralement ce livre qui n’était à l’origine pas destiné à la publication, mais simplement à accompagner sa série de tableaux et installation War Picture returns sur le thème de la guerre. Pas un pastiche de manga, donc, mais un récit dessiné dans un style populaire, dans lequel il s’est efforcé de ne céder à aucun tabou, de laisser libre cours à des fantasmes – fussent-ils totalement absurdes et ridicules. Et, pour le lecteur, absolument hilarants et paradoxalement fort instructifs sur l’héritage culturel, nationaliste et politique du Japon.
A lire en creux, bien entendu. Car c’est là que le miracle opère, et que Makoto Aida, bien qu’il s’en défende en considérant Mutant Hanako comme une potacherie ou un défouloir, fait œuvre d’artiste en nous rendant sensibles à un état d’esprit complexe, celui du Japon actuel, un Japon pacifié mais finalement toujours dans « l’après guerre ». Inutile de résumer l’histoire, l’auteur s’en charge, dans le dossier en fin de livre (ou au début si vous optez pour un sens de lecture à l’occidentale). Tant d’emphase et de clichés alliés à une belle spontanéité donnent à ce Mutant Hanako une fraîcheur inédite : amuser et choquer sans abêtir, belle prouesse.
Hélène
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