Virgile et le chaînon manquant

Virgile et le chaînon manquant

Stéphanie Benson
Les Contrebandiers éditeurs, 2006, 5,95 €

site web des éditions Les contrebandiers éditeurs

Au fond, le roman policier ne propose t-il pas toujours à ses lecteurs une lecture active ? Notamment dans sa forme la plus codifiée, celle de la résolution d’une énigme. Aiguillés par le piquant de la fiction, le coeur battant, ne serions-nous pas prêts à nous ruer sur une encyclopédie botanique, afin de vérifier avant Sherlock si la sève du datura est bien toxique, et sous quelle latitude cette plante pousse ?

Pourquoi pas, alors, dépoussiérer des trésors négligés, et en faire la clé d’une intrigue ? Pourquoi pas des énigmes dont les indices sont livrés dans un code suffisamment négligé pour passer inaperçu aux yeux du plus grand nombre, et assez riche pour avoir été transmis de génération en génération depuis des millénaires ?

Pourquoi pas ressortir un vieux cadavre du placard ? C’est le défi que relève Stéphanie Benson, avec Virgile et le chaînon manquant, un polar jeunesse dont le ressort principal est une langue morte. Nesciunt ? Le latin, bien sûr.

Virgile, Salomé, Jules, Cléo et Rachel habitent à Montreuil-les- bois, cité Romulus, une cité de banlieue issue comme tant d’autres d’erreurs d’urbanistes. Ils vont au collège des sept collines, ne supportent pas leur petite soeur ou commencent tout juste à sentir l’arrivée du printemps. Des ados, quoi. Un matin Virgile tombe sur une phrase taggée au pochoir. C’est dans une langue qu’il ne connaît pas puisqu’il a pris l’option basket. Jules connaît, il fait latin ; mais de là à apprendre le vocabulaire... Et puis l’école il s’en fout. Mais Virgile, quand il ne comprend pas, il se demande tout de même pourquoi c’est là. Heureusement que Cloé – qui n’est absolument pas amoureuse du beau Virgile, n’allez pas croire – se pique d’assurer en classe.Traduire, elle peut. Expliquer, par contre... Il ne fait pas un pli que cette inscription est un code, et que la bande des collégiens ne va pas tarder à se jeter à corps perdu dans une intrigue entre les caves et le Gaffiot.

S’y jeter, et nous avec... Car Stéphanie Benson, qui n’en est pas à son premier polar (elle publie tant et plus, pour adultes et enfants, à L’Atalante, au Seuil, chez Syros...) dose savamment les indices : dire sans dévoiler, faire avancer l’intrigue en VO non sous-titrée... Pour un non-latiniste, lire ce polar, c’est comme assister à une séance de film à suspense où le voisin de devant se râcle la gorge à chaque fois qu’une phrase décisive est prononcée : on est terriblement titillé, ou méchamment en rade. Le latin livré aux petits jeunes comme autant d’énigmes, mais aussi les échanges en anglais, allemand ou italien... Il faut suivre, feuilleter jusqu’au lexique en fin de livre, ou pour les plus paresseux ... télécharger la traduction sur le site de l’éditeur. L’intrigue n’est pas révolutionnaire, mais l’écriture de Stéphanie Benson décrit sobrement l’univers d’ados de banlieue, et nous pique au jeu. Si, comme eux, on accepte le pacte, on en ressort grandi par notre propre curiosité... et une culture millénaire remise d’actualité.

Hélène

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