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Articles à propos de Roman-photo

2018, année roman-photo

Une expo­si­tion au Mucem, une tribune de Grégory Jarry dans Le Monde, des roman-photos qui débarquent en librai­rie chez divers éditeurs… On l’es­pé­rait, ça se confirme : en 2018 ce mode d’ex­pres­sion oublié sort de l’ombre. Il est temps de faire un point sur la place du roman-photo dans le cata­logue des éditions FLBLB.

LE ROMAN-PHOTO AUX ÉDITIONS FLBLB

La genèse des éditions FLBLB

Avant d’être une maison d’édi­tion, FLBLB a d’abord été un fanzine publié par une bande d’étu­diants (entre autres Otto T., Grégory Jarry et Rémi Lucas), qui se rencontrent en 1996 dans un festi­val de cinéma. Ils se découvrent un goût commun pour l’hu­mour, les films d’au­teurs et Hara-kiri. Dans FLBLB, on publie de la bande dessi­née, mais aussi des détour­ne­ments de vieux Chas­seur français, Système D ou des BD de gare, égale­ment du roman-photo.

En janvier 2002, le numéro 14 est un spécial roman-photo, tous les auteurs qui parti­cipent régu­liè­re­ment s’y mettent et on réédite au passage une histoire de Gébé parue dans Hara Kiri.

Un moyen d’ex­pres­sion, une variété de genres

En 2003, Loïc Néhou, éditeur d’Ego comme x, propose à Grégory Jarry de publier un recueil de ses histoires en roman-photo préa­la­ble­ment parues dans la revue Flblb : ce sera L’Os du gigot, qui rassemble des récits plus ou moins auto­bio­gra­phiques. On y sent l’in­fluence de Gens de France, de Jean Teulé.

En 2005, Otto T publie Le Bonhomme au chapeau, récit muet qui s’ap­puie sur une diver­sité de styles graphiques, incluant le roman-photo.

En 2007, Grégory Jarry ouvre un blog sur lequel il publie quoti­dien­ne­ment une page de roman-photo sur le thème des élec­tions prési­den­tielles. Ce travail va abou­tir à Savoir pour qui voter est impor­tant, dans lequel il tire à boulets rouges sur le système élec­to­ral et son trai­te­ment média­tique.

La fabrique de roman-photos

Le roman-photo se prête faci­le­ment au travail en ateliers, y compris avec des enfants. Les Maqui­sards du Poirier recueille ainsi les repor­tages photo­gra­phiques collec­tés par les écoliers de Monten­boeuf auprès des vieux du village, tandis que Pas pareil ! laisse la parole aux élèves de CP de deux écoles poite­vines, qui parlent de ces petites diffé­rences qui démangent parfois. Des roman-photos par les enfants, pour les enfants (mais pas que), toujours dispo­nibles en librai­rie.

Grégory Jarry inter­vient aussi plusieurs années de suite auprès d’étu­diants en bande dessi­née de l’école de l’image d’An­gou­lême pour un work­shop « roman-photo ». Le résul­tat est fina­le­ment publié en librai­rie sous le titre Fort en moto. Plusieurs auteurs rencon­trés lors de ces ateliers publie­ront par la suite des livres chez FLBLB (Robin Cousin, Léo Louis-Honoré, Daniel Selig, Alexandre Gérau­die, Lisa Lugrin, Clément Xavier, Maxime Jeune). Certains, Comme Lisa Lugrin et Clément Xavier (Yékini le roi des arènes) ou Alexandre Gérau­die (Les trois jours qui ont changé le monde, Du Pain et des chats) n’hé­sitent pas à inclure des séquences de roman-photo au sein de BD dessi­nées à la main.

Petite et grande histoire en roman-photo

En 2013, nous rece­vons un projet de Benoit Vidal, qui retrace un siècle d’his­toire de France à travers la vie d’une petite bonne au destin digne de Victor Hugo : Pauline à Paris. Benoit Vidal écume les archives, photo­gra­phie, découpe et colle au fil d’un récit à double fond et double voix. Pauline a Paris reçoit un très bon accueil critique, notam­ment par l’émis­sion de France Culture « La Fabrique de l’his­toire », qui salue la démarche d’his­to­rien de son auteur et comme la forme du livre.

Des roman-photos d’avant ou d’ailleurs

En 2010, FLBLB réédite des roman-photos réali­sés par Gébé et Lépi­nay et parus dans Hara-Kiri entre 1962 et 1966 : Malheur à qui me dessi­nera des mous­taches. On y retrouve l’hu­mour jovial de Gébé, de belles petites pépées, et les premières appa­ri­tions du profes­seur Choron.

En 2018, nous réédi­tons Bloody Mary, adap­ta­tion de Jean Teulé du roman de Jean Vautrin, (grand prix de la critique 1984 au festi­val d’An­gou­lême). Roman-photo ou bande dessi­née ? Jean Teulé retra­vaillait ses photos à la photo­co­pieuse, puis Zazou lettrait et mettait en couleurs. Ça ressemble à de la bande dessi­née, mais c’est tiré d’un tour­nage.

Nous avons égale­ment publié Ype Dries­sen, auteur des Pays-Bas, qui produit, depuis une dizaine d’an­nées, des strips quoti­diens sur son site web. Les roman-photos d’Ype Dries­sen ont fait l’objet de plusieurs antho­lo­gies dans son pays, où il a égale­ment tenu une rubrique pour la télé­vi­sion. En 2013 nous sortons une sélec­tion de strips sur sa vie de couple, tirés de la série Yves et Guillaume (en VO : Ype + Willem) : Homme sweet homme, et Un gars et un gars.

Mani­feste et apoca­lypse

Parmi les nombreux manus­crits qui nous arrivent, les projets de roman-photos sont encore trop rares. Grégory Jarry écrit en 2015 un mani­feste : Debout le roman-photo ! Un texte qui fait le point à la fois sur une écono­mie du livre dans laquelle coha­bitent travail d’au­teur et produc­tion indus­trielle, et lance un appel : « Vite ! Tous les auteurs dans la rue ! Le monde réel, en roman-photo! »

Ce mani­feste nous vaut de rencon­trer Amélie Laval, qui va faire pour FLBLB son premier roman-photo, publié en février 2018 : le Syndi­­cat des algues brunes. Tourné à Marseille, avec des effets spéciaux faits mains, c’est « un roman-photo de science-fiction, écolo­giste et paro­dique, qui pour­suit la construc­tion d’un mani­feste poétique pour ce genre oublié. » (nonfic­tion.fr)

Dans Ça va pas durer long­­temps mais ça va faire très mal Grégory Jarry construit joyeu­se­ment un récit apoca­lyp­tique et d’an­ti­ci­pa­tion qui met en scène une média­trice de la Répu­blique et sa famille dans un monde bien­tôt touché par une catas­trophe plané­taire.


Roman-photos à venir chez FLBLB

  • Même le grand soir a commencé petit, par Lisa Lugrin et Clément Xavier
  • Le Monde endormi, de Julie Chapal­laz
  • Contrôle des voya­geurs, de Xavier Cour­teix

Biblio­gra­phie sélec­tive de roman-photos parus récem­ment

Études sur le roman-photo

  • Roman-photo ! , cata­logue de l’ex­po­si­tion présen­tée au MUCEM, sous la direc­tion de Marie-Char­lotte Cala­fat et Frédé­rique Deschamps, éditions Textuel, 2017
  • Le Roman-photo, de Jan Baetens et Clémen­tine Mélois, collec­tion « La petite bédé­thèque des savoirs » Le Lombard, 2018

Événe­ments autour du roman-photo

Le roman-photo va frap­per là où on ne l’at­tend pas

C’est un fait, il y a un grand retour du ­roman-photo. Il s’est publié une dizaine d’al­bums de romans-photos ces douze derniers mois – entre autres : L’Il­lu­sion natio­nale, de Valé­rie Igou­net et Vincent Jarous­seau (Les Arènes, 2017) ; Mon voisin Brad Pitt, de Lisa Lugrin et Clément Xavier (NA Éditions, 2017) ; Le Syndi­cat des algues brunes, d’Amé­lie Laval (FLBLB, 240 p., 25 euros). Ça peut paraître peu, mais c’est presque autant que toute la produc­tion des quarante années passées. Atten­tion, il faut savoir de quoi on parle quand on dit roman-photo. On parle d’un moyen d’ex­pres­sion et non d’un genre. On parle de quelque chose d’équi­valent, pour le cinéma, à la bande dessi­née. Oserais-je dire qu’on parle d’un art ? Un art qui aurait, jusqu’à présent et pour des raisons basse­ment mercan­tiles, été corseté par un genre : l’eau de rose.

L’eau de rose en roman-photo, c’est à vous dégoû­ter de l’amour. La plupart du temps, c’est indus­triel, la chair n’a pas de saveur, les os se délitent, de la vraie flotte. Alors oui, on met le roman-photo au musée, on rigole de ces filles jeunes et fardées dans les bras de ces messieurs plus âgés et en imper­méable. On aime­rait bien que ce soit plus que ça, mais hélas, ce n’est pas plus que ça, et c’est même moins que ça, car ça occulte ce qu’il y a de plus inté­res­sant dans le roman-photo : le roman-photo lui-même, un moyen d’ex­pres­sion formi­da­ble­ment sous-exploité, qui n’a pas encore rencon­tré son Chaplin, son Hergé. Un moyen d’ex­pres­sion qui utilise la puis­sance du langage de la bande dessi­née. Un moyen d’ex­pres­sion qui a besoin du réel, d’un tour­nage, d’ac­teurs, à l’ins­tar du cinéma. Mais un moyen d’ex­pres­sion en soi, qui peut dire les choses à sa façon, qui n’a pas besoin de ses cousins pour exis­ter.

Il n’y a aucune raison pour qu’on n’ar­rive pas à produire de grandes œuvres en roman-photo, je dirais même que les prochains auteurs de romans-photos ont toutes les chances de créer des chefs-d’œuvre, comme ce fut le cas pour le cinéma ou la bande dessi­née quasi­ment dès leurs débuts. Car le roman-photo demeure un terri­toire ­immense à ­conqué­rir, et il est quasi­ment inex­ploré. Pas grand monde pour s’y risquer, à part les dix pingouins qui ont publié leur livre l’an dernier. Si on compare aux 5 000 BD qui sortent chaque année, ce n’est pas grand-chose.

Il y a moyen d’exis­ter, peut-être même de se faire un nom. Même sans ça : un roman-photo est passion­nant à réali­ser, et pas si compliqué. Pas de gros moyens tech­niques en œuvre, ni de budget pharao­nique. Un seul ­indi­vidu peut faire un roman-photo, ou une petite équipe. C’est là sa grande force : sa simpli­cité, sa légè­reté, et aussi le fait que l’in­dus­trie ne s’in­té­resse pas à lui, qu’il n’est pas en pleine lumière. Tout cela procure une grande liberté d’ac­tion.

Le roman-photo est un art jeune, radieux, qui a claqué la porte de chez ses parents, ces vieux croû­tons englués dans leurs histoires d’amour à deux balles. Il est allé se planquer dans les sous-bois pour y mener une guérilla, il va surprendre, il va frap­per là où on ne l’at­tend pas, et ses troupes vont gros­sir. Car le roman-photo appelle à lui tout ce que l’époque compte de photo­graphes payés une misère par la presse ou les gazettes muni­ci­pales, de cinéastes qui en ont ras-le-bol de perdre des années à finan­cer leurs films, d’au­teurs de BD qui dessinent labo­rieu­se­ment d’après photo, de graphistes qui bossent lamen­ta­ble­ment dans la pub ou tout simple­ment d’au­then­tiques auteurs de romans-photos qui s’ignorent, ou qui en font sans trop y croire. Il appelle à lui tous les produc­teurs d’images qui ont envie de racon­ter des histoires et qui butent pour le faire, parce que tout est bouché, que les « fils de » occupent les meilleures places, que la surpro­duc­tion tous azimuts fait que rien ne marche sans marke­ting agres­sif ou alors il faut un gros coup de bol.

Vous savez pourquoi l’époque est propice au roman-photo ? Parce que c’est la meilleure chose à faire et qu’on en a marre du reste.

Grégory Jarry, auteur et éditeur de bande dessi­née aux éditions FLBLB

La Vie de château

Neuf rési­dents de l’Eh­pad des 4 saisons racontent leur vie à Lénon.

Invi­tée par le festi­val Norman­die­bulle et CHU Hôpi­taux de Rouen à passer une semaine à Petit-Quevilly, Lénon a réalisé huit roman-photos biogra­phiques. On découvre ainsi : la vie au rythme des trois huit ou du canal, une ou deux ou trois guerres, les grèves, l’ar­ri­vée des coopé­ra­tives, l’usine de choco­lat, les soeurs de la Misé­ri­corde, une taupe blan­che… et un peu, aussi, la vie d’aujourd’­hui à Petit-Quevilly.

Avec les souve­nirs de Paulette Mallet, Pier­rette Nico­las, Miche­line Caseacsch, Henri Bellier, André et Céline Deper­rois, Marcel Couillard, Jean­nine Lefaux, Lucie Hendri­ckxen.

Édité avec l’aide de la ville de Darné­tal et de Porte 10 / CHU hôpi­taux de Rouen

On y pense souvent

À l’oc­ca­sion du festi­val de la bande dessi­née de Darné­tal, Grégory Jarry a passé une semaine à la maison de retraite et a recueilli les souve­nirs d’Yvon Sanson, Jean­nine Dejon­ghe, Françoise Cadiou, Denise Mulet, Jeanne Chatrous­sat, Michel Perrin, Évelyne Crois­sant et Thérèse Mauger.

Édité avec l’aide de la ville de Darné­tal.

 

Sarcelles Pied de grue

sarcelles-pieddegrue-couvLes anima­teurs socio-cultu­rels, ils en voient de belles, à Sarcelles et ailleurs. À Sarcelles juste­ment, ils ont suivi une forma­tion en atelier roman-photo, avec Grégory Jarry.

Ils ont réalisé leurs propres romans-photos, qui ont donné lieu à deux publi­ca­tions.

Dans Sarcelles Pied de grue, ils partent en repor­tage sur le chan­tier du futur tram­way de Sarcelles : l’adjointe au maire, les rive­rains, les ouvriers du chan­tier, chacun donne sa vision, et valide ou pas l’uti­lité du projet. Une prome­nade en banlieue entre micro-trot­toir, enquête et ballade poétique.

Projet orga­nisé par la DDJS du Val d’Oise, accueilli par la MJC de Sarcelles en mai 2009 et soutenu par le Minis­tère de la santé et des sports.